Le miroir aux alouettes
Wednesday 07 October 2009, rouge
Voici une brève tribune contre les vendeurs de rêves, marchands de sables et transporteurs de visibilité sur Internet et ailleurs.
Il n'est pas un jour sans qu'un nouveau service gratuit pour les artistes en développement1 ne naisse et ne leur promette monts et merveilles, à condition qu'ils remplissent le formulaire d'inscription, déposent leur musique, et dans certains cas, que les artistes payent (la gratuité a ses limites, surtout pour les gérants et les actionnaires de ces entreprises).
Ces services cherchent et chargent toutes les niches de marché, toutes les échelles de diffusion, aspirent toutes les éthiques possibles et les broient. Pour n'en citer que certains qui me viennent à l'esprit, mais la liste s'allonge chaque jour : MySpace, Deezer, NoMajorMusik, MyMajorCompany, Zimbalam, Spidart, CQFD, Jamendo, Fairtrade-music, Zikpot etc. Ils engagent toutes les idées les plus infantilisantes, copient tous les travers du système financier, défendent toutes les causes, depuis le commerce équitable, le développement durable jusqu'à la musique libre2. Ils développent des systèmes où :
- des auditeurs prennent le risque financier,
- des artistes offrent leur musique gratuitement contre un supplément de visibilité (en réalité nul),
- des annonceurs, que je ne plaindrai pas, payent pour de l'espace publicitaire, dont les bénéfices ne sont jamais reversés en proportions normales aux artistes qui font et fournissent les contenus.
Ils créent des buzz médiatiques avec des musiconautes3 prêts à tout pour de la visibilité, ils sortent un pantin, le jettent 6 mois plus tard ou le trainent un peu plus longtemps, et ternissent toujours un peu plus la réalité de l'artiste populaire4.
Ces escroqueries nouvelles, qui prennent racine dans les tremplins Emergenza, continueront de voir le jour tant que des musiciens continueront à croire qu'ils font partis des élus, qu'ils sont les seuls à avoir une bonne étoile et qu'elle leur sourira un jour, qu'ils s'imagineront sans cesse devenir calife à la place du calife, ou encore qu'ils accepteront d'être, pour la grande majorité des travailleurs pauvres et/ou précaires en croyant dur comme fer entrer un jour dans la ronde des 10 appâts, des 10 leurres.
A bonne alouette, salut.
1 je n'ai jamais bien compris le terme artiste en développement, il me semblait que tous les artistes étaient en développement.
2 pour accéder à un véritable site de musique libre, consultez Dogmazic.net, et le distributeur de musique en Creative Commons et Licence Art Libre Pragmazic.net
3 le musiconaute, espèce que j'espère en voie de disparition, passe sa journée à remplir des formulaires web, à demander des amis, faire des com', lancer des poke et tenir à jour ses informations sur tous les sites où il a laissé gratuitement et dans des Condition Générales d'Utilisation abjects des petits bouts de lui.
4 artiste populaire, dans le sens d'un artiste qui fait de la musique populaire, entrant dans la case musiques amplifiées, et pas nécessairement connu.
Commentaires
que de bonnes paroles !!
dino
Tuesday 20 October 2009